Moscou (AFP) – Moscou a déclaré mardi espérer un cessez-le-feu « dans les prochaines heures » à Alep, la grande ville divisée du nord de la Syrie où de nouveaux combats et bombardements ont fait 19 morts, touchant encore une fois un établissement médical.
Dans le même temps, la France et le Royaume-Uni ont demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur Alep.
Estimant quer « Alep brûle », l’ambassadeur britannique à l’ONU Matthew Rycroftil a jugé qu’il s’agissait d’un dossier relevant « de la plus haute priorité ».
Selon un photographe travaillant pour l’AFP, il s’agit de la journée la plus terrible qu’ait connue le secteur contrôlé par le régime de Bachar al-Assad depuis la reprise le 22 avril des hostilités dans la deuxième ville syrienne, où plus de 270 personnes ont été tuées en 12 jours.
Cette intensification des violences a fait voler en éclats la trêve entrée en vigueur le 27 février sous l’impulsion de la Russie, alliée du régime, et des Etats-Unis qui soutiennent l’opposition.
Alarmé par cette dégradation, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a rencontré mardi à Moscou le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.
« Nous devons nous assurer que la cessation des hostilités soit à nouveau sur les rails », lui a-t-il déclaré.
– « Insupportable » –
M. Lavrov a dit espérer obtenir un accord « dans les prochaines heures » sur un cessez-le-feu à Alep. « J’espère que, au plus vite, peut-être même dans les prochaines heures, une telle décision sera annoncée », a-t-il dit.
M. de Mistura, qui s’était entretenu lundi avec le chef de la diplomatie américaine John Kerry, souhaite que la Russie et les États-Unis tentent de convaincre les différents belligérants de rétablir la trêve.
M. Kerry a cependant estimé lundi que le conflit était désormais « à bien des égards hors de contrôle ».
Toujours sur le plan diplomatique, l’Allemagne a annoncé des pourparlers mercredi à Berlin avec M. de Mistura, le coordinateur de l’opposition syrienne Riad Hijab et le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault.
« Les discussions seront centrées sur la question de comment créer les conditions pour la poursuite des pourparlers de paix à Genève, pour la réduction de la violence et pour l’amélioration de la situation humanitaire en Syrie », a indiqué le ministère allemand des Affaires étrangères.
Sur le terrain, les rebelles ont lancé une offensive majeure avec de violents bombardements contre les secteurs gouvernementaux d’Alep, où au moins 16 civils ont été tués et plus de 60 blessés, a affirmé l’agence officielle syrienne Sana.
L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) donne de son côté un bilan de 19 morts et 80 blessés, dont certains grièvement atteints.
– Maternité touchée –
La Sana a indiqué notamment que « des obus tirés par les rebelles » contre une maternité dans le quartier du Gouvernorat avaient tué au moins « trois femmes et fait 17 blessés ». Le bombardement a été confirmé par l’OSDH qui ne disposait cependant pas d’un bilan dans l’immédiat.
Au total, quatre hôpitaux du côté rebelle et deux du côté gouvernemental ont été durement touchés par la dernière vague de violences.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mardi à l’unanimité une résolution qui réaffirme que les personnels de santé et les installations médicales doivent impérativement être protégés lors des conflits.
L’armée syrienne a fait état d’une « grande attaque sur plusieurs fronts d’Alep » menée par les groupes Front al-Nosra (branche syrienne d’al-Qaïda), Ahrar al-Cham et Jaïch al-Islam, avec des « bombardements intenses sur des quartiers résidentiels ».
L’offensive a commencé, selon un photographe de l’AFP, par une attaque contre le quartier général des services de renseignements de l’armée de l’air à Zahra, dans l’ouest de la ville.
L’aviation et l’artillerie du régime ont répliqué en visant les quartiers rebelles de l’est de la ville. Les services de la Défense civile ont fait état de trois morts, dont un enfant.
Sur le front des combats contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui contrôle de larges pans du territoires, une série de raids aériens sur Raqa (est), son fief en Syrie, a tué 19 civils, selon l’OSDH.
L’ONG n’était cependant pas en mesure de préciser si les frappes avaient été menées par des avions russes ou de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis.
Le directeur général de l’OIAC a assuré mardi qu’il y avait des signes permettant de penser que l’EI pouvait fabriquer ses propres armes chimiques, ce qu’il a jugé d' »extrêmement inquiétant ».
© AFP KARAM AL-MASRI
Un homme marche dans une rue d’Alep détruite par les bombardements, le 2 mai 2016